Archive | juin 2012

Le Cercle des huit, Daniel Handler

Quatrième de couverture de l’édition Livre de Poche: Sur le parking du lycée, le corps d’Adam State a été retrouvé dans le coffre d’une voiture volée. Il avait disparu depuis presque une semaine, le soir d’Halloween.
À vrai dire, le plus inquiétant n’est pas sa mort, mais la manière dont il est mort. Adam State a été tué au cours de ce qui s’apparente à un rituel satanique…
Il ne s’agit pas d’un fait divers.
Lisez le journal de Flannery, la narratrice de cette histoire, non pour le frisson macabre dont chacun d’entre nous raffole, mais pour la leçon capitale.

Daniel Handler, alias Lemony Snicket, auteur des Désastreuses Aventures des orphelins Baudelaire, imagine ici un récit brillant et drôle, entre roman gothique et roman d’ados.

Mon avis: Ce roman n’a pas été un coup de coeur.  En tout cas, je ne le relirais probablement pas (sauf si quelqu’un m’en apporte un éclairage nouveau). Ce n’est pas l’histoire qui m’a gênée -je l’aurais pas acheté sinon- mais la forme même du texte. La narratrice revient sur son journal intime, en y apportant des corrections. Il y a donc le mélange du passé/présent de narration, sans aucun signes distinctifs, ce qui rend le tout assez (très) confus, parfois incohérent. En fait, ça aurait été si les éléments nouveaux étaient séparés du texte original (gras, crochet etc.). Cela m’a donc gêné et la lecture n’a pas été spécialement agréable. Peut-être que je n’ai pas fait assez d’effort, étant au début de ma lecture un peu blasée par l’histoire qui, je trouvais, traînait en longueur.
– Je tiens quand même à dire que l’idée, pour ce genre de roman en journal intime, est assez originale. La présence des ‘articles’ de journaux portant sur le cercle des huit tout comme l’intervention du Dr Eleanor Tert ajoutent une note de vraisemblance au récit. Si il n’y avait pas eu ce problème de mélange de temps j’aurais largement plus apprécier ce livre.

L’amour est bien sûr au centre du roman, le crime pouvant être considéré comme passionnel. Mais il y a beaucoup trop d’histoires d’Amour parallèles! Une, voir deux auraient suffit. Là, c’est le cœur de toute la bande qui est mit à mal, et ça devient lassant. Et, entre parenthèse, le texte ne parle absolument pas de satanisme/secte comme il est annoncé dans la quatrième de couverture. C’est juste un passage du discours d’Eleanor Tert qui analyse cette histoire en tant que tel (vous voyez, j’en parle comme si c’était vrai. Ça au moins c’est bien fait) p.448-449 de mon édition.
Par ailleurs, on revient sur tout les éléments qui l’ont poussée au crime, et je trouve ça intéressant de voir comment une adolescente qui en surface paraît saine (même si.. voir mon spoiler) sombre peu à peu dans la folie.

[spoiler] La fin laisse assez perplexe. C’est une bonne chute . Natasha, dont nous entendons parler depuis le début, n’est autre qu’une projection de l’esprit sombre de Flannery. Mais, comme dans tout livre/film où le personnage est schizophrène (dans l’hypothèse ou elle l’est), je me demande: qu’est-ce qu’elle a dit en réalité? Dans les dialogues à plusieurs, par exemple, ou quand elle se déguise en Natasha le soir d’Halloween et qu’on la confond avec elle. Avec qui la confond t-elle réellement ?
Cela permet aussi de se poser des questions sur la folie. Nous comprenons qu’elle est évolue dans un monde hors de la réalité. Flannery est en effet coupable de tentative de meurtre (sur Mr Carr, professeur qui l’a violée) et de meurtre sur Adam. Sans aucune véritable conscience, comme une somnambule. Elle agit mais ne se souvient pas, ne veut probablement pas se souvenir. Je trouve intéressant de voir à quel point l’inconscient joue ici un rôle primordial. Retour au cours de philo de term’ !

C’est sur la fin du roman que j’ai commencé à apprécier ma lecture – un peu tard! Au final, je suis  mitigée, même si la fin rehausse l’avis que j’en avais.
Si une personne qui a lue ce livre passe ici: où sont les parents de Flannery ? Je n’ai toujours pas compris.

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Achats du jour #2

Image(Achetés sur le marché de Vallont Pont d’arc)
– Nous sommes éternels de Pierrette Fleutiaux
– Histoire de la littérature française d’ Albert Thibaudet
– Porte de la Paix céleste de Shan Sa

Le Magasin des Suicides, Jean Teulé

ImageQuatrième de couverture de l’édition Pocket:Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort !Imaginez un magasin où l’on vend depuis dix générations tous les ingrédients possibles pour se suicider. Cette petite entreprise familiale prospère dans la tristesse et l’humeur sombre jusqu’au jour abominable où surgit un adversaire impitoyable: la joie de vivre. . .

Mon avis: C’est un livre plaisant et facile à lire, l’histoire m’intriguait.
C’est complètement le monde à l’envers: dire bonjour et au revoir est ici malpolie, être moche et banale la mode à suivre. J’ai trouvé ingénieuses les idées de suicides, comme les bonbons à prendre au hasard qui sont empoisonnés ou non (un peu comme la roulette russe), le parc d’attractions du suicide. C’est de l’humour noir, bien sûr, qu’il ne faut pas prendre au premier degré.
Dans les nuages sombres qui pèsent sur la famille Tuvache, des rayons de soleil finissent par se montrer avec le petit Alan, attachant dans son zozotement, sa naïveté et son innocence. Il redonne à sa famille et aux clients l’envie de vivre et de connaître le bonheur.
Spoiler: C’est pour ça que la fin m’a surprise, je sais qu’elle est faite pour que le lecteur réfléchisse etc., et pourtant je ne comprends pas vraiment. La mission d’Alan sur Terre était visiblement de redonner le sourire aux gens, de leur faire apprécier la vie, et alors ? Puisque sa mission est finie il se suicide, alors qu’il aura lutter pour empêcher les autres de se tuer … C’est assez contradictoire, non ? Et puis, on voit pendant tout le livre que c’est Alan la source de bonheur. D’accord, il a apprit à sa famille à se débrouiller seule pour être heureuse, leur a donner les bases, mais il reste quand même le soleil de la famille. Perdre un fils, un frère, est-ce vraiment ça qui va permettre à la famille Tuvache de vivre dans la joie et la paix ?
En bref, la fin me laisse perplexe, mais dans l’ensemble c’était là encore une lecture agréable.

Edit du 31/08: après avoir posé la question à l’auteur, je comprends mieux ^^ Article ici:  Jean Teulé

La mort a ses habitudes, Susan Hill

ImageQuatrième de couverture de l’édition Pocket: Lafferton n’est pas une ville si tranquille. Le commissaire Simon Serrailler est chargé d’enquêter sur des meurtres odieux de jeunes femmes. Mais quel lien peut-il y avoir entre une jeune mariée, une mère célibataire et deux adolescentes ?
À quelques jours de la venue de la famille royale, Simon a le devoir de résoudre rapidement cette affaire. Une traque sans repos, alors même que son beau-frère lutte contre la mort et ses vieilles habitudes, et que Simon doit tout faire pour préserver l’unité de sa famille.

Mon avis: Dans l’ensemble, j’ai aimé la lecture de ce livre. Au début, j’ai eu du mal à situer les personnages et à assimiler les histoires; j’étais perdue dans les dialogues, qui s’adresse à qui ? Mais petit à petit je me suis habituée et ait pris plaisir à la lecture, me mettant à la place des personnages et vivant avec eux les drames du quotidien. Ainsi, le lecteur soutient à la fois Chris Deerbon dans son combat contre le cancer, Helen Creedy qui cherche à comprendre le comportement sectaire de son fils et à fuir sa future solitude. Simon lui-même voit une femme de son passé ressurgir et doit accepter la nouvelle compagne de son père tout en se fiant à son instinct pour résoudre l’enquête. Malgré la mort d’une de ses soeurs et de sa mère qui lui pèse énormément, il doit aussi être là pour soutenir Cat Deerbon, son autre soeur. Le fait qu’il y ait d’autres trames narratives permet au livre d’être étoffer: au début, je me demandais comment cette histoire pouvait faire plus de 450 pages, alors que les meurtres étaient déjà quasiment tous décrits. Et bien c’est par ces histoires parallèles de la vie ! La mort est d’ailleurs assez présente dans ce roman (bon dans un policier c’est normal), par des personnages ‘annexes’ comme Jane Fitzroy qui travaille comme aumônière à l’hôpital.
Pour ce qui est de l’enquête même, le suspense perdure jusqu’aux dix dernières pages. L’auteure nous tient vraiment en haleine. Il m’arrive parfois de ne plus tenir en place jusqu’à découvrir qui est le coupable et ça a été le cas ici. Je n’écrirais pas son nom pour ceux qui veulent ou sont en train de le lire, mais j’ai été surprise par l’identité du meurtrier. Ça donne envie de retourner en arrière et voir ce que l’on a manqué, car tout ceux que je soupçonnais s’avéraient ne pas pouvoir être le coupable. Peu avant la fin, toutes les pièces du puzzle s’assemblent dans l’esprit du lecteur, quasiment au même moment que Simon.
Enfin, je tiens juste à souligner que Susan Hill a par moment un style très saccadé/haché qui peut déplaire ou affecter la lecture de certains, c’est dans mon cas un style que j’apprécie.

Achats du jour


– Le Magasin des Suicides, Jean Teulé (que je viens de commencer)
– Le Cercle des huit, Daniel Handler
– La machine infernale, Jean Cocteau

La ferme des animaux, George Orwell

C’est un très beau roman qui, malgré quelques passages assez durs, pourrait s’adresser aux enfants. En effet, nous rentrons de suite dans un monde où les animaux pensent, parlent, lisent et écrivent. On y retrouve quelques blagues et descriptions qui à coup sûr peuvent faire rire les plus jeunes. Et pourtant ! J’ai été prise par ce livre, lu en moins d’une journée. Il est très court, mais comme on dit, « intense ». Étant un coup de coeur que j’ai fais partager à mon entourage, je le choisis pour ma première chronique.

Mon résumé (spoiler): L’action se passe dans une ferme, plus précisément la « Ferme du Manoir ». Le propriétaire, Mr Jones ‘martyrise’ ses animaux qui vont en prendre conscience et se rebeller. Le cochon Sage l’Ancien va prononcer un discours qui restera dans tous les esprits jusqu’à ce que rébellion se fasse.
Mort quelques temps après, ce sont trois autres cochons qui vont devenir les ‘leader’ de la résistance: Boule de Neige, Napoléon et Brille-Babil, le porte-parole. Napoléon va faire un coup d’état (tient, bizarre), et Boule de Neige va devoir s’enfuir. Petit à petit Napoléon va s’installer comme le roi, s’offrant des privilèges ainsi qu’à ses chiens de gardes. La règle d’or de la ferme (alors renommée La ferme des Animaux) et bêlé par les moutons est la suivante: «Quatrepattes, oui! Deuxpattes, non! ».

L’humain est l’ennemi, l’espèce à abattre. Mais pour faire tourner une ferme, il va falloir pactiser avec le diable, notamment pour la construction du moulin. C’est ce qui va mener cette ferme à sa perte. Enfin sa perte .. pas pour tout le monde ! Les cochons, porcelets et chiens vont rester privilégiés, tandis que les autres animaux se tueront à la tâche (comme Malabar) sans avoir de portions plus généreuses. Les Sept Commandement de l’Animalisme instaurés par Sage l’ Ancien vont être mis à mal, et seul Douce et Malabar, deux chevaux, ainsi que l’âne solitaire Benjamin vont s’en rendre compte, mais sans vraiment y réfléchir, pensant que leur mémoire leur fait défaut.
Pour donner un exemple concret, au commandement numéro 6 à la base « Nul animal ne tuera un autre animal» sera rajouté « sans raison valable» sous le règne de Napoléon.
De la réussite au chaos, les animaux vont s’horrifier de voir les privilégiés inviter des Hommes à table et se mettre à marcher. Le slogan lui-même aura changé: « Quatrepattes, bon! Deuxpattes, mieux! », tout comme le nom qui aura repris sa forme initiale.

Mon avis: J’ai vraiment adoré ce livre, qui nous montre du début à la fin l’engrenage du pouvoir, le désir d’une puissance toujours plus forte. Au départ un peuple soudé, c’est au fil des mois qu’une inégalité s’instaure, et la phrase choc de l’auteur le résume très bien « Tous les animaux sont égaux mais certains sont plus égaux que d’autres ». Plus qu’une histoire d’Animal, ce roman s’adapte à l’Homme et montre bien sa déchéance et son parcours: injustices (meurtres au nom du pouvoir et de la justice, portions (part d’argent?) généreuses aux chefs et maigres pour ce qui font tout le boulot, et j’en passe), manipulations (Napoléon en use avec finesse), trahisons, hypocrisies … Bref, il dénonce le totalitarisme.
L’animal s’humanise et produit les mêmes erreurs, continuellement. Au lieu de s’éloigner du comportement humain, il s’en rapproche. Apparaît alors comme une évidence que c’est par la pensée que l’Être s’abêtit et devient cruel, par sa connaissance du monde, ou, plutôt, par l’usage qu’il en fait. Maîtriser son savoir et le mettre au service de l’Homme/Animal plutôt qu’au service de son bien personnel, c’est ce qu’il faudrait faire.
Dans un camps comme dans l’autre, tout est dénoncé. L’auteur montre à la fois du mépris pour l’abus de pouvoir mais s’interroge aussi sur ce qui pousse un peuple à ne pas se rebeller contre les injustices existantes au sein de ce peuple même, à penser le faire sans oser. Et on se demande alors si tout ne se reproduirait pas, comme un cercle vicieux.