Archive | juillet 2012

Lorsque Lou, Philippe Djian (126p)

Quatrième de couverture: «Quelle rigolade que de saigner du nez ou de se relever avec une bosse! Chaque fois que je roulais sur le sol, je m’éloignais des ténèbres. Chaque fois que le poing de Lou m’arrivait en pleine figure, je réalisais l’incroyable simplicité d’être au monde.»

Que fait le narrateur dans cette ville paumée, à un jet de pierre du cercle polaire arctique? Pourquoi ce dur à cuire supporte-t-il les brimades et les coups des frères Conroy? L’hiver arrive et, avec lui, les premiers ours. Les choses se compliquent.

Mon avis: J’en ai un assez mitigé. J’ai bien aimée la fin, les 20/30 dernières pages, mais pour ce qui est du début j’ai eu du mal à accrocher, et il a un peu fallu que je me force pour reprendre là où je m’étais arrêtée le temps de lire le livre de Ardagh … Sans ‘coupure’ c’est peut-être plus facile à lire, mais dès le début j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Je ne comprenais pas tout, et les explications du ‘pourquoi du comment’ arrivent un peu tard à mon goût. En fait, je n’ai pas vraiment compris le message/le but de ce livre. Peut-être qu’il n’y en a pas, peut-être que ça décrit juste le nouveau souffle de vie dans la vie d’un ancien dépressif, et ce grâce à l’amour (étrange) de Sarah et la chasse à l’ours – d’ailleurs, je n’ai pas trop compris là non plus si le narrateur, et Higgins, sont pour ou contre cette chasse.
Enfin bon, ce n’est pas un ‘massacre’ du livre que je cherche à faire ! Philippe Djian est un auteur que ma soeur lisait et généralement on a les mêmes goûts, je pense juste que je suis tombée sur le ‘mauvais’ Djian pour commencer avec lui =)

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Les aventures d’Eddie Dickens, Une folle famille, Philip Ardagh

Quatrième de couverture de l’édition Albin Michel: Ses parents étant atteints d’une jaunisse aussi bizarre que contagieuse, le jeune Eddie Dickens se voit confié à son Fol Oncle Jack et à sa Folle Tante Maud, deux hurluberlus aux caprices souvent déconcertants et parfois dangereux…

Mon avis: Lecture très agréable et très drôle, je n’ai pas cessé de rire et de sourire en lisant ce petit roman. J’aime beaucoup l’humour de l’auteur, les commentaires du narrateur, le fait que tout soit pris au premier degré – notamment les expressions-, et les nombreux quiproquos qui, forcément, amènent des situations totalement loufoques ! 😀
Extrait (parce qu’il était tard la nuit quand j’ai lue ce passage et j’ai vraiment rigolé toute seule..):

« ‘Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches ou archi-sèches?’, bien que je n’aie jamais compris en quelle circonstances on pouvait avoir besoin de poser cette question. »

Contrairement au livre de Mathias Malzieu dans lequel je ne m’étais pas vraiment attachée aux personnages, ici je me suis prise d’emblée d’affection pour toute la famille Dickens. Une folle famille, comme le précise l’auteur, et je ne peux être que d’accord,  c’est une folle famille drôle, étrange, attachante !
De plus j’aime les illustrations de chaque épisodes, et je dois avouer que j’adore la couverture, c’est ce qui m’a fait regarder ce livre et l’acheter ^^ Les illustrations sont de David Roberts.

En bref c’est un livre qui est très sympathique à lire, peu importe l’âge ! 🙂

Autres extraits, parce que j’ai vraiment aimée ce live et qu’il ne peut manquer de vous faire rire ^^

«  -n’oublions pas que ses parents y avaient consacré de coquettes sommes d’argent (celles moins soucieuses de leur allure leur ayant été retournées) »

« Il s’était mis à pleuvoir et les gouttes de pluie se mélangeaient aux larmes qui ruisselaient sur les joues de la mère. Elle était occupée à peler un oignon.»

Achats du jour #4

( et un petit bout de mon chien Flambo ^^ )
Alors aujourd’hui j’ai été flâner dans une bouquinerie, et pour moins de 15e:
– Confessions d’une radine de Catherine Cusset
– Les Aventures d’Eddie Dickens : Une folle famille de Philip Ardagh
Frankenstein de Mary Shelley
La cantatrice chauve et La leçon de Ionesco
La mare au diable de George Sand
La jeune fille à la perle de Tracy Chevalier

Écrire, Marguerite Duras

Résumé: « Il faut toujours une séparation d’avec les autres gens autour de la personne qui écrit les livres. C’est une solitude essentielle. C’est la solitude de l’auteur, celle de l’écrit. Pour débuter la chose, on se demande ce que c’était ce silence autour de soi. Et pratiquement à chaque pas que l’on fait dans une maison et à toutes les heures de la journée, dans toutes les lumières, qu’elles soient du dehors ou des lampes allumées dans le jour. Cette solitude réelle du corps devient celle, inviolable, de l’écrit. »

Mon avis: Ce roman, autobiographique, est divisé en cinq parties. Duras partage avec le lecteur ses convictions d’une manière que j’ai trouvé touchante. On entre dans les pensées-mêmes de l’auteure, dans son coeur, ses ressentiments.

La solitude, nous montre t-elle dans sa première partie Écrire, serait l’essence même de l’écriture, et c’est une vision que je partage. Elle met des mots sur ce que la plupart des gens pensent mais d’une manière intime et non impersonnelle comme cela aurait pu être.
Duras se montre honnête avec le lecteur en ‘parlant’ de ses idées politiques de gauche et surtout de son aversion pour le nazisme et l’inhumanité de la guerre, et ce tout au long du livre mais particulièrement dans la partie Le nombre pur et dans La mort du jeune aviateur anglais. Dans cette deuxième partie, elle décrit l’histoire d’un jeune anglais de vingt ans, W.J. Cliffe, mort le jour de la libération à Vauville – c’est d’ailleurs à lui que l’auteure dédie son livre.
Duras montre que les mots ne suffisent pas à exprimer la mort, l’expérience du vide qui s’installe dans le coeur quand on est confronté à la mort d’un homme aussi jeune. Un enfant, comme elle le répète tout au long de cette partie. Une mort qui n’a pas de sens et qui pourtant signifie tant. La violence de la guerre, la mort non pas d’un seul être mais de millions qui comme lui sont morts trop jeunes, C’est un cri de désespoir que l’auteure lance ici, on sent une profonde tristesse dans ses mots. Cela m’a beaucoup touchée. Je vais vous citer la fin de cette partie qui pour moi résume tout:

« Et puis un jour, il n’y aura plus rien à écrire, rien à lire, il n’y aura  plus que l’intraduisible de la vie de ce mort si jeune, jeune à hurler »


Elle accorde de l’importance à ce que nous ignorons le plus souvent comme la mort d’une mouche. Elle lui a donné une identité, une vie. Une existence dans sa mort. Ça peut paraître ridicule, comme elle l’a soulignée, mais moi j’aime le fait de prendre en considération que l’être vivant ne se résume pas à l’Homme. J’ai trouvé ce point de vu intéressant, tout comme le fait qu’elle sépare le/la peintre de sa toile dans L’exposition de la peinture, et au fond, peut-être, l’auteur(e) de son livre.

Par contre, je n’ai pas réussie à rentrer dans la troisième partie, Roma. Comme vous l’aurais tous compris, ça se passe en Italie, et nous lisons un dialogue entre une femme et un homme, dialogue duquel je n’ai pas compris grand chose … L’auteure précise au début de son livre que « Le texte appelé ici Roma a d’abord été un film intitulé: Le dialogue de Rome (…) ». J’ai relue plusieurs fois le début de cette partie, mais je ne comprenais toujours pas donc bon, j’ai continué ma lecture en cessant de me poser des questions, et en prenant les phrases comme elles venaient. (c’est ‘drôle’ parce que j’ai dû faire la même chose avec Pierrot le fou de Godard que j’ai vu cette semaine .. Je ne comprenais pas l’apparition de certains personnages, alors j’ai cessé d’y réfléchir ><!).
Enfin, j’essayerais de voir la vidéo, cela me permettra peut-être de mieux comprendre!

Globalement, j’ai donc appréciée ma lecture. Si on ne lit pas d’autres livres en même temps (ce qui était mon cas ><), la lecture est très rapide car les phrases sont très courtes, dans un rythme assez saccadé. L’auteure a publié cette œuvre trois ans avant sa mort, comme une prémonition, l’envie d’écrire sur l’écriture-même, en un souffle précipité, avant qu’il ne parte…

Métamorphose en bord de ciel, Mathias Malzieu

Quatrième de couverture de l’édition J’ai lu:  Tom Cloudman a toujours rêvé de voler, il en est devenu le plus mauvais cascadeur du monde. Ses performances de voltige se terminent invariablement au sol. Au moment où on décèle chez lui une maladie incurable, Tom rencontre une étrange créature, mi-femme, mi-oiseau, qui lui propose ce pacte : « Je peux vous transformer en oiseau, ce qui vous sauverait, mais cela ne sera pas sans conséquence… »

Mon avis:  Salut à tous 😀
Je viens de finir ce petit roman/conte du chanteur de Dionysos, Mathias Malzieu. Je n’ai pas trop accrochée au début, mais j’ai finalement bien aimée ce livre. M’attachant plus au jeune Victor qu’au personnage principal qu’est Tom Cloudman, j’ai quand même été touchée par l’histoire de ce grand enfant. Ravagé par un cancer, c’est dans la métamorphose totale en oiseau qu’il va échapper à la mort, mais cela va entraîner la perte totale de sa forme humaine. Nous ressentons alors la tristesse d’Endorphine, la doctoresse mi-femme mi-oiseau qui va lui sauver la vie mais perdre le père -humain- de son enfant.
Des passages très durs comme la souffrance qu’il ressent à cause de la betterave, son cancer qui le ronge, sont adoucis par l’intrusion des rêveries, des fantasmes et de l’humour. J’ai d’ailleurs beaucoup aimée le ‘Dreamoscope’ qui permet de photographier les esprits et les songes. J’aimerais bien que ça existe ^^.
Je reste pourtant un peu sur ma faim, car tout se passe très vite (le livre ne faisant que 125 pages). J’aurais aimée que les personnages soient plus développés. J’ai aussi trouvé quelques incohérences – mais peut-être que j’ai mal compris ? -, deux en faits. La première, c’est au niveau de l’heure; il rejoint la femoiselle vers minuit, et après un dialogue et un acte sexuel, il est déjà presque 6h du matin (p.57-66 de mon édition). Peut-être que la notion du temps n’est pas la même. Enfin, ce n’est qu’un petit détail. Le deuxième point est le fait que le secret ne doit pas être divulgué, pourtant je suppose que Victor et Pauline sont au courants puisque la femme fait le guet tandis que le petit Victor assiste au premier essai d’envol de Cloudman. p.61 « C’est pourquoi, si vous décidez de vous lancer dans cette métamorphose, il est très important de ne jamais en parler – dans votre intérêt comme dans le mien, d’ailleurs. »

En bref, un petit conte à la fois sympathique et touchant, même si trop court et trop rapide à mon goût.

N-B: j’ai acheté la version de poche, mais  le roman existe en version brochée et contient des illustrations .. cela m’aurait peut-être permis de m’envoler avec Endorphine et Cloudman !

Jours sans faim, Delphine de Vigan


Quatrième de couverture de l’édition J’ai lu:
 « Cela s’était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Sans qu’elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s’asseoir.

En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l’insomnie qui accompagne la faim qu’on ne sait plus reconnaître.

Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu’elle était arrivée au bout et qu’il fallait choisir entre vivre et mourir. »

Mon avis: Je viens juste de terminer ce petit roman qui contient sans doute quelques éléments autobiographiques (publié à sa sortie sous le pseudonyme de Lou Delvig). Nous plongeons dans le combat de Laure, rongée par son démon qu’elle nomme Lanor. Lanor, c’est ce qui l’empêchait de voir son corps fragile mourir, de grossir quand son corps se voit renfloué de 4500calories tous les jours à l’hôpital. Lanor, c’est son anorexie, sa maladie. Et c’est ce que Laure va combattre difficilement auprès du Dr Brunel, à qui elle a confié sa vie, pudiquement mais entièrement.
L’apparition du Dr Brunel (sans nom, pendant une trentaine de pages, tout comme Laure) se fait d’ailleurs d’une manière assez surprenante. Il l’appelle un soir, et lui dit qu’elle va mourir si elle continue à jeûner. Bon. On ne sait pas vraiment comment il l’a connait, ni comment il a eu son numéro. Ce n’est pas trop grave.

Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est que les émotions sont écrites et décrites sans détours, sans tombés dans le pathos, comme si le lien se faisant directement entre l’esprit et la plume, ce que j’apprécie -et retrouve dans un livre de Duras que je suis en train de lire ^^-. Cela a pour effet que le lecteur se sent concerné et impliqué dans le combat de cette jeune fille de 19 ans, un combat qu’elle mène principalement contre elle même mais aussi contre les autres qui le plus souvent ne comprennent pas sa maladie. La narratrice décrit bien les clichés de l’anorexie, comme le fait que ce serait une maladie d’ados, pour énerver les parents etc.
L’anorexie, nous fait-elle comprendre, c’est ce par quoi elle existait. Et perdre ça, c’est perdre son identité, le contrôle de sa vie, mais surtout sa place dans la société. J’ai trouvé cela important car je ne pense pas que ce soit un lieu commun de l’anorexie, mais au contraire une vérité. J’ai déjà lue plusieurs témoignages sur l’anorexie (notamment Ce matin j’ai décidé d’arrêter de manger de Justine) et je me rends compte que c’est quelque chose qui revient souvent. Reprendre le contrôle de sa vie.

L’hôpital apparaît comme un sanctuaire, son refuge, notamment par l’affection qu’elle porte à différents malades. Dehors, c’est la vie, c’est la foule qui l’a juge, c’est la peur de perdre le contrôle de son corps et de reprendre du poids, et paradoxalement c’est aussi celle de voir Lanor revenir et la rongé de nouveau. Ce duel, elle le mène avec et jusque dans son âme. Nous comprenons à la fin du livre que rien n’est gagné. Que la guérison, ça ne se fait pas en trois mois, qu’il faut avant tout guérir l’esprit.