Jours sans faim, Delphine de Vigan


Quatrième de couverture de l’édition J’ai lu:
 « Cela s’était fait progressivement. Pour en arriver là. Sans qu’elle s’en rende vraiment compte. Sans qu’elle puisse aller contre. Elle se souvient du regard des gens, de la peur dans leurs yeux. Elle se souvient de ce sentiment de puissance qui repoussait toujours plus loin les limites du jeûne et de la souffrance. Les genoux qui se cognent, des journées entières sans s’asseoir.

En manque, le corps vole au-dessus des trottoirs. Plus tard, les chutes dans la rue, dans le métro, et l’insomnie qui accompagne la faim qu’on ne sait plus reconnaître.

Et puis le froid est entré en elle, inimaginable. Ce froid qui lui disait qu’elle était arrivée au bout et qu’il fallait choisir entre vivre et mourir. »

Mon avis: Je viens juste de terminer ce petit roman qui contient sans doute quelques éléments autobiographiques (publié à sa sortie sous le pseudonyme de Lou Delvig). Nous plongeons dans le combat de Laure, rongée par son démon qu’elle nomme Lanor. Lanor, c’est ce qui l’empêchait de voir son corps fragile mourir, de grossir quand son corps se voit renfloué de 4500calories tous les jours à l’hôpital. Lanor, c’est son anorexie, sa maladie. Et c’est ce que Laure va combattre difficilement auprès du Dr Brunel, à qui elle a confié sa vie, pudiquement mais entièrement.
L’apparition du Dr Brunel (sans nom, pendant une trentaine de pages, tout comme Laure) se fait d’ailleurs d’une manière assez surprenante. Il l’appelle un soir, et lui dit qu’elle va mourir si elle continue à jeûner. Bon. On ne sait pas vraiment comment il l’a connait, ni comment il a eu son numéro. Ce n’est pas trop grave.

Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est que les émotions sont écrites et décrites sans détours, sans tombés dans le pathos, comme si le lien se faisant directement entre l’esprit et la plume, ce que j’apprécie -et retrouve dans un livre de Duras que je suis en train de lire ^^-. Cela a pour effet que le lecteur se sent concerné et impliqué dans le combat de cette jeune fille de 19 ans, un combat qu’elle mène principalement contre elle même mais aussi contre les autres qui le plus souvent ne comprennent pas sa maladie. La narratrice décrit bien les clichés de l’anorexie, comme le fait que ce serait une maladie d’ados, pour énerver les parents etc.
L’anorexie, nous fait-elle comprendre, c’est ce par quoi elle existait. Et perdre ça, c’est perdre son identité, le contrôle de sa vie, mais surtout sa place dans la société. J’ai trouvé cela important car je ne pense pas que ce soit un lieu commun de l’anorexie, mais au contraire une vérité. J’ai déjà lue plusieurs témoignages sur l’anorexie (notamment Ce matin j’ai décidé d’arrêter de manger de Justine) et je me rends compte que c’est quelque chose qui revient souvent. Reprendre le contrôle de sa vie.

L’hôpital apparaît comme un sanctuaire, son refuge, notamment par l’affection qu’elle porte à différents malades. Dehors, c’est la vie, c’est la foule qui l’a juge, c’est la peur de perdre le contrôle de son corps et de reprendre du poids, et paradoxalement c’est aussi celle de voir Lanor revenir et la rongé de nouveau. Ce duel, elle le mène avec et jusque dans son âme. Nous comprenons à la fin du livre que rien n’est gagné. Que la guérison, ça ne se fait pas en trois mois, qu’il faut avant tout guérir l’esprit.

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5 réflexions sur “Jours sans faim, Delphine de Vigan

  1. Je n’ai lu ton avis qu’en diagonale puisque j’aimerai lire ce roman, mais tu me donnes encor eplus envie de m’y plonger ! Le sujet n’est pas facile, mais j’ai découvert la plume de Delphine de Vigan avec « Rien ne s’oppose à la nuit », dans lequel elle explique justement, en un court passage, ce qui l’a poussé à écrire ce livre (en effet, c’est bien autobiographique), et j’ai vraiment hâte de découvrir des autres romans 🙂

  2. la relation qu’on a à la nourriture est un vaste sujet, et si je n’ai pas été touché par l’anorexie, la nourriture réconfort et les kilos qui vont avec je connais bien! un livre qui me tente bien…

  3. En effet c’est largement autobiographique. J’ai lu No et moi et Rien ne s’oppose à la nuit de cet auteur. De vrais coup de coeurs tous les deux. Le second fait aussi référence à sa mère. Je lirai certainement prochainement celui)ci!

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