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Tu verras, Nicolas Fargues

couv685651Résume de Livraddict:  C’est d’imaginer ce qu’il pourrait ressentir si son fils venait à mourir brutalement qui a été pour N. Fargues le point de départ de ce roman, qui adopte le motif de l’enfance pour parler d’amour et de solitude. Dans les jours et les semaines qui suivent la mort accidentelle d’un préado, son père revit les circonstances du drame mais aussi leur vie et tout ce qui commençait à les opposer.


Mon avis:
 Je tiens d’abord à remercier les éditions Folio, ainsi que le site de Livraddict, pour ce partenariat.

J’ai beaucoup apprécié la lecture de ce livre. Avant d’expliquer pourquoi, je tiens juste à signaler un point qui m’a dérouté dans les premières pages (mais que nous comprenons après):  le point de vue de la quatrième de couverture qui est celui du fils n’est pas le même que le texte lui-même, le point de vue étant alors celui du père.

Le thème principal du livre ne nous est pas dévoilé immédiatement, même si on s’en doute assez rapidement.
Ce livre m’a touché. L’écriture est limpide, sans détour, il n’y a pas le soucis d’embellir la réalité:  elle nous est donnée à l’état brut, évitant ainsi le pathos que le sujet aurait pu amener. C’est ce qui m’a conduit à parler de ce livre autour de moi: il touche. Il ne peut pas en être autrement. Le narrateur confesse sa méchanceté, parfois même sa cruauté envers son fils, sans se morfondre dans les remords, mais seulement dans la prise de conscience de ses erreurs, avec parfois une distance que seul les gens qui connaissent la mort peuvent profondément comprendre. C’est un être et un père imparfait; il a des tendances racistes, ce qui m’a parfois gêné, mais c’est une fiction qui met en scène un père retraçant son passé avec son fils et ses erreurs… je suppose qu’il a conscience lui-même de ses faiblesses.

« Tu verras », tournure impérative qui montre que nous n’avons pas conscience du caractère éphémère et imprévisible de notre existence. Il ne verra pas car il n’est plus, injustement peut-être, bêtement probablement, mais le fait est qu’il est mort, et que dans ce court instant sur la Terre, douze années seulement, il n’aura pas eu le temps de voir ni de comprendre réellement les intentions de son père…

La mort a, la plupart du temps, un effet boule de neige: on perd quelqu’un que l’on aimait (ici son propre enfant, le sujet est discutable, mais c’est peut-être la pire mort à subir…), puis l’envie de sourire, puis l’envie de sortir tout simplement: alors il y a le manque d’hygiène, le manque de sociabilité, les ruptures avec les personnes extérieures qui ne comprennent pas, et puis les barrières de l’instinct de survie s’estompent. Tous ces ‘symptômes’ de la perte d’un être très cher, le père les subit, dans une impudeur innocente. Ce livre est une fiction, mais le style de l’auteur le rend vraiment réaliste.

En somme, un petit coup de coeur pour ce livre qui me restera en tête, livre que je vous conseille fortement !

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Scintillation, John Burnside

Tout d’abord, merci au site Livraddict et à la maison d’édition Points pour l’envoi rapide et soigné de Scintillation de John Burnside !

Quatrième de couverture de l’édition Points: Des adolescents disparaissent mais ici ça n’a aucune importance. Ici, c’est l’Intraville, lieu de pluie et de brouillard où les vapeurs toxiques des usines embrument les esprits et dégradent les corps. Malgré ce marasme, Leonard, 14 ans, a soif de vivre. Brillant et passionné, il dévore les livres, aime les filles et affectionne les virées entre amis. Dans les limbes, l’espoir scintille…

Mon avis (spoiler): J’ai choisi de ne pas résumer ce livre, car à vrai dire je ne saurais pas le faire sans avoir le sentiment d’omettre quelque chose de fondamental ou de passer à côté de la véritable histoire.
Je trouve que même le résumé de la maison d’édition Points ne correspond pas tout à fait au contenu du livre, notamment «  virées entre amis » puisqu’on va vite s’apercevoir que Léonard est un ado plus solitaire qu’autre chose… Son meilleur ami a disparu, et je suppose que ces «  virées entre amis » désignent Jimmy et sa bande, or ils sont loin d’être des amis…
Honnêtement, je m’étais donc faite une idée totalement différente de ce que j’ai lu. Je m’attendais un peu à un Silent Hill version ado rock (oui bon c’est cliché), et, au vu de l’histoire, à une enquête policière en parallèle de la vie de Léonard.
Au final, j’ai ressenti ça comme une réflexion sur la vie, la mort -dont il est beaucoup question-, la folie … Et sûrement beaucoup d’autres choses, je ressors de cette lecture avec pas mal de questions en tête, et l’impression de ne pas avoir tout saisi !

Enfin c’est complet et très bien écrit. Le style est poétique et parfois cru – particulièrement quand le « je » correspond au jeune narrateur Léonard.
Pour finir mon avis sur ‘l’ensemble du livre’, j’ai aimé sa construction, basée sur l’appréhension des personnages et l’alternance des deux narrateurs, rythmant ainsi le récit de manière fluide.

Pour ce qui est de l’histoire même, je la trouve elle aussi intéressante. Ce livre, en fait, est assez glauque, notamment par l’Intraville: lieu de désolation, les habitants dépérissant dans la maladie, la mort, la pourriture de l’ancienne usine, où même la nature est empoisonnée. Plongée onirique dans les méandres de l’esprit humain, esprit malsain, perdu, sombre.
On s’y sent oppressé. Quiconque a soif de vivre se retrouve anéanti dans la mort, dans la solitude, le sadisme. Il y a des scènes assez dures, comme la mort d’Andrew. Ce genre de dérapage peut tellement arrivé dans la vie réelle que c’en est troublant. Enfin bien sûr ça relève d’une violence quasi animale, une violence instinctive incontrôlable, donc ça n’arrive pas dans la vie de tous les jours hein. Mais on voit les limites de la conscience et de la folie, la résignation à la mort… C’est très bien écrit, décrit, et ça fait mal au coeur et aux tripes. D’autres passages m’ont touché mais j’vais pas non plus en dire trop ! ^^

J’avoue ne pas trop avoir compris le sens de la fin et de la machine, ni si le meurtrier que Morrison désigne (j’essaye de pas trop dévoiler l’histoire) est bien le bon. Je pense que si, mais rien n’est très clair. La machine existe t-elle réellement, où est-ce une hallucination à cause de la drogue ? Et dans ce cas, qu’a subit Léonard ? Qui est cet homme qui touche le visage d’Alice Morisson ?
Bref, que de questions, j’ai hâte de lire l’avis des autres lecteurs 🙂

Bon bien sûr peu de livres sont parfaits, c’est normal, et ici ma seule critique serait sur l’écriture trop mature de Léonard qui a 14/15 ans.

Comme toujours, il y aurait encore des choses à dire, mais je vous laisse découvrir le livre, que je vous conseille fortement !

N-B: Puisque j’adore les livres qui ont une ambiance particulière, et que c’est le cas ici, voici quelques musiques à écouter pendant sa lecture ^^
Spiders – System of a down
Death of It All – Rob Zombie
The Arcane Dominion – Eluveitie
Lily’s theme – Alexandre Desplat
Lovers End – The Birthday Massacre
( bon j’en ai encore pleins en réserve >< )